mardi 27 septembre 2011

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" Le temps est suspendu, les bateaux montent comme un bord de mer ce bord de fleuve, ce canal et les ruines battent ce pas inutile et les symboles et les idées, gravés sur les cailloux, ils attendent, ils arrivent, ils se comptent, ils espèrent, ils avancent toujours et toi tu cours, tu cours sur le sentier, tu berces ton royaume, tu perces ta coquille, tu avances et tu penses, la tortue est si lente, si lente elle plonge, elle a plongé dans l’eau, tu as vu une fois la tortue d’eau du marais qui tourne vers l’eau, vers le sud, vers la mer, le symbole et l’idée et l’eau est si présente, le bateau, la vergue, l’assemblée des eaux, les eaux assemblées, l’assemblée des oiseaux, le compte des vaches, le retour des troupeaux, les herbes folles penchent et le bateau qui passe a un toit bleu bien bleu, moins que le ciel bleu.



Ils sont nus sous la toile, il a trouvé un temple bleu plus clair, ils sont nus sous la toile, le bleu de la toile est moins beau que le bleu du ciel, ils sont jeunes et souriants, ils saluent et se penchent et disent des bonjours, le liseron est rose, le liseron est blanc, le ton est grave et calme, et ce ton grave et calme est le masque de la joie, la joie de l’inutile, la joie de la vacance, la joie du temps perdu, d’un mot après l’autre sans utilité, sans rien en dire de plus, sans rien en faire, sans rien offrir que se laver l’esprit, que se dire un roi avance et parcours son royaume inutile dérisoire et nécessaire, il témoigne qu’ici et maintenant, hic et nunc, le sol est dur, l’herbe est verte, le ciel est bleu, l’air est chaud, le vent est plein de vent, l’air est plein d’air, les animaux suffoquent, les oiseaux blancs se penchent, l’air traverse les arbres, il fait si chaud, si sec, et pourtant l’herbe est si verte, il construit, déconstruit, reconstruit, remonte, ruine et élabore, et il recommence et il se dit, je traverse encore une fois mon royaume inutile, inutile et je me lave et j’avance et le pas traîne dans l’herbe, verte malgré le sec, malgré le temps perdu, il avance et il compte un mot après l’autre, il compte les oiseaux vingt dans l’air, vingt blancs dispersés au milieu des taureaux noirs, il était parti pour chercher les oiseaux, il a trouvé leur trace, ils reviennent et il compte, ils sont perdus, perdus dans l’air immense, le trèfle est rose, le liseron est blanc et rose, les chardons piquent et les fleurs bleues, fleurs qui s’ouvrent au matin, fleurs bleues qui portent les escargots, fleurs bleues sans pétales, demain matin vous serez là vous serez là, je chanterai, vous chanterez. "




Texte de Michel Chalandon :
J'irai vers les oiseaux sauvages. 15 et 16
à lire ICI et ICI

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